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FNP : comptabiliser une facture non parvenue au 408

Reconnaître, chiffrer et comptabiliser une facture non parvenue : écriture au 4081, TVA en 44586 et extourne à l'ouverture de l'exercice suivant.

Published
8 août 2026
Updated
8 août 2026
Reading Time
21 min
Author
David Harding
Topics:
AP AutomationFrancecomptabilité fournisseursclôture comptablePlan Comptable GénéralTVA

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Une facture non parvenue, ou FNP, est une charge dont le bien a été reçu ou la prestation exécutée avant la date de clôture, mais dont la facture fournisseur n'est pas parvenue à cette date. On parle aussi de charges à recevoir, ou de factures à recevoir à la clôture. Elle se rattache à l'exercice clos et non à celui où la facture arrivera : en comptabilité, c'est le service fait qui commande le rattachement, jamais la date de facturation.

Trois conditions doivent être réunies, et elles sont cumulatives :

  • le bien a été réceptionné ou la prestation exécutée avant la date de clôture ;
  • la facture n'était pas parvenue à cette date ;
  • la dette est certaine dans son principe, appuyée sur un contrat, un bon de commande ou un bon de livraison.

La troisième condition sépare la FNP de la provision. Dans une FNP, le montant est estimé mais l'existence de la dette ne l'est pas : le fournisseur a livré, il facturera. Dès lors que le principe même de la dette devient incertain, on quitte le 408 pour une provision pour risques et charges.

Le compte 408 se ventile selon la nature de ce qui n'a pas été facturé. Le 4081, « Fournisseurs — factures non parvenues », reçoit les achats de biens et de services, soit la quasi-totalité des cas rencontrés en clôture. Le 4084 lui est substitué lorsque l'élément non facturé est une immobilisation. Le 4088 accueille les intérêts courus non échus rattachés à des dettes fournisseurs.

L'écriture de clôture tient en trois lignes, passées en écriture d'inventaire :

  • débit du compte de charge de classe 6 concerné, pour le montant HT ;
  • débit du compte 44586 « TVA sur factures non parvenues », pour la TVA estimée ;
  • crédit du compte 4081, pour le montant TTC.

408 : actif ou passif ? Au passif. Le solde du 408 est créditeur et figure au bilan parmi les dettes fournisseurs et comptes rattachés, agrégé avec le 401.

Une écriture d'inventaire s'extourne. La FNP est systématiquement contre-passée à l'ouverture de l'exercice suivant, dans le sens inverse : débit du 4081 pour le TTC, crédit du compte de charge pour le HT et du 44586 pour la TVA estimée. La facture réelle, lorsqu'elle arrive, s'enregistre alors normalement au journal des achats sans que la charge soit comptée deux fois.

La saisie de ces trois lignes ne prend pas trente secondes. Ce qui prend une clôture entière, c'est d'être certain qu'aucune réception non facturée n'a échappé au recensement. La liste des FNP ne sort d'aucun compte : elle se construit en confrontant les réceptions validées aux factures enregistrées, et c'est ce travail de rapprochement documentaire, bien plus que l'écriture elle-même, qui détermine la qualité du rattachement des charges à l'exercice.


Identifier les FNP : construire la liste à partir des réceptions non facturées

La liste des FNP est le reliquat d'un rapprochement. On arrête à la date de clôture le listing des bons de livraison et des bons de réception validés, on le confronte aux factures fournisseurs enregistrées, et toute réception validée sans facture correspondante devient une FNP candidate. Le principe tient en une phrase. Ce qui fait le travail, c'est que les trois sources mobilisées ne disent pas la même chose et ne s'alignent jamais spontanément.

Le listing des réceptions, extrait de la gestion commerciale ou du module achats, donne la population de départ : ce qui est physiquement entré ou ce qui a été validé comme exécuté avant la date d'arrêté. C'est la seule source qui reflète le service fait. Le journal des achats de l'exercice donne le contrepoids : les factures effectivement comptabilisées, avec leur date de réception comptable. La balance auxiliaire fournisseurs sert de troisième point de contrôle, notamment pour repérer les fournisseurs actifs sur l'exercice dont aucune facture n'a été enregistrée sur les dernières semaines, ce qui est un signal fort.

Le rapprochement se fait sur cinq champs : fournisseur, référence de commande, numéro de bon de livraison, quantité réceptionnée, date de réception. La clé utile est presque toujours la référence de commande, très rarement le montant. Les montants ne coïncident pas ligne à ligne, parce qu'une facture porte des frais de port, des remises ou des arrondis que le bon de livraison ignore, et parce que le découpage des factures ne suit pas celui des livraisons. Rapprocher sur les montants classe à tort des réceptions déjà facturées en FNP.

Les quatre cas où la correspondance casse

Les livraisons partielles. Une commande de 500 unités réceptionnée à hauteur de 320 avant la clôture donne une FNP de 320 unités, pas de 500. La valorisation suit le réceptionné, pas le commandé, et une commande soldée après la date d'arrêté ne rétroagit pas sur l'exercice clos.

La facture globale couvrant plusieurs bons de livraison. Un fournisseur qui facture mensuellement l'ensemble de ses livraisons casse le rapprochement un à un : la facture existe mais ne s'apparie à aucun bon de livraison isolé. Le traitement consiste à rapprocher au niveau de la commande ou du fournisseur sur la période, et non au niveau du document.

Les réceptions saisies en retard. Une marchandise entrée le 28 décembre mais saisie le 6 janvier ne figure pas dans le listing arrêté à la date de clôture. C'est le trou le plus courant du dispositif, et le seul correctif fiable est de rouvrir le listing des réceptions sur les premières semaines de l'exercice suivant et de contrôler les dates de réception réelles, pas les dates de saisie.

Les prestations sans bon de livraison. Loyers, honoraires, contrats de maintenance, énergie, sous-traitance, prestations intellectuelles : rien de tout cela ne passe par une réception. Ces charges échappent par construction au rapprochement documentaire et exigent une revue distincte, fondée sur les contrats en cours, les échéanciers et les relevés de consommation. En pratique, elles représentent une part importante du montant total des FNP alors qu'elles sont invisibles dans le listing des réceptions.

Le balayage des factures reçues après la clôture

Le recensement par les réceptions ne suffit pas seul. Le second passage consiste à reprendre les factures fournisseurs arrivées après la date d'arrêté, sur une fenêtre définie à l'avance (quatre à six semaines selon les délais de facturation habituels des fournisseurs), et à vérifier pour chacune la date de réception du bien ou d'exécution de la prestation. Toute facture dont le fait générateur est antérieur à la clôture est une FNP de l'exercice clos, qu'elle ait ou non été détectée par le rapprochement des réceptions. Ce balayage est aussi le contrôle de qualité du premier passage : les FNP qu'il révèle et que le listing avait manquées désignent précisément où le processus de réception est défaillant.

L'exercice miroir est déjà connu de la plupart des services comptables. Le rapprochement entre la facture, le bon de livraison et le bon de commande traite les factures que l'on détient et cherche à quoi elles correspondent. L'identification des FNP travaille sur la même population documentaire, à la même date, mais dans l'autre sens : elle part des réceptions et cherche les factures manquantes. Même clôture, mêmes documents, côté opposé du rapprochement.

Reste une condition matérielle. Confronter des centaines de lignes de réception à des centaines de factures suppose que les données des factures reçues existent sous forme exploitable, c'est-à-dire avec le fournisseur, la référence de commande et le montant dans un tableur ou une base, et pas uniquement dans un PDF archivé. Quand le journal des achats est structuré mais que les pièces reçues ne le sont pas, le rapprochement se fait à l'œil, ligne à ligne, et le recensement devient le poste le plus coûteux de la clôture. C'est ce qui explique la place prise par les outils d'extraction automatique des données de factures fournisseurs dans les circuits de clôture des services comptables traitant des volumes significatifs.

Chiffrer une FNP sans facture : bases de valorisation et justificatifs

Une fois la liste arrêtée, il faut mettre un montant en face de chaque ligne sans disposer du document qui le porte. La valorisation suit un ordre de préférence, et cet ordre compte autant que le chiffre obtenu, parce que c'est lui que le réviseur ou le commissaire aux comptes contrôlera.

  1. Le prix du bon de commande. C'est la base de premier rang : le prix est contractuellement arrêté, la quantité est connue, et la pièce est déjà au dossier.
  2. Le contrat ou le devis accepté. Pour les prestations récurrentes ou les marchés à prix ferme, le contrat donne directement le montant de la période.
  3. Les factures antérieures du même fournisseur pour la même prestation ou la même référence. Base solide pour les charges régulières dont le prix ne bouge pas, à condition de vérifier qu'aucune revalorisation tarifaire n'est intervenue en cours d'exercice.
  4. Une estimation documentée à partir de la consommation constatée : relevés de compteur pour l'énergie, temps passé pour une prestation intellectuelle, unités livrées pour un contrat au volume. C'est le dernier rang, et il exige que le calcul soit écrit.

La valorisation porte sur les quantités effectivement réceptionnées, jamais sur les quantités commandées. Trois éléments sont régulièrement oubliés à ce stade et expliquent l'essentiel des écarts constatés à l'arrivée de la facture : les frais de port et de manutention, les remises et ristournes déjà acquises au titre de l'exercice, et les pénalités de retard contractuelles, qui viennent en diminution du montant de la FNP lorsque le contrat les rend applicables de plein droit.

La TVA estimée se calcule au taux applicable à l'opération et suit mécaniquement le montant HT retenu. Sur une opération exonérée ou située hors du champ de la TVA, il n'y a rien à parquer : l'écriture se réduit alors à deux lignes, débit de la charge et crédit du 4081 pour le même montant. Même traitement lorsque la TVA n'est pas déductible, sur un véhicule de tourisme ou certaines dépenses de représentation : elle n'a pas sa place au 44586 et s'incorpore à la charge, débitée pour le TTC.

Ce qui doit finir au dossier de clôture

Une FNP sans pièce justificative rattachée est une FNP que le réviseur reprendra, quelle que soit la qualité de l'estimation. Le dossier doit contenir, pour chaque montant significatif, la copie du bon de commande ou du contrat, le bon de livraison ou la preuve d'exécution de la prestation, le détail du calcul ayant conduit au montant retenu, et l'identité de la personne qui a validé l'estimation. Ces quatre éléments constituent la piste d'audit de la FNP et suffisent à la défendre.

Le niveau de précision attendu se règle sur la matérialité. Sur les montants significatifs, il faut remonter à la pièce, ligne par ligne, sans exception. Sur la multitude des petits montants récurrents, où le coût du recensement individuel dépasse l'enjeu, une base forfaitaire est acceptable : moyenne des trois derniers mois facturés, prorata temporis d'un contrat annuel, ou tout autre calcul reproductible. Deux conditions à cela, et elles sont strictes : la méthode doit être écrite et le seuil au-dessous duquel elle s'applique doit l'être aussi, et l'ensemble doit être appliqué de façon constante d'un exercice à l'autre. Un forfait qui change de base chaque année n'est plus une méthode, c'est un ajustement.

La valorisation par référence aux factures antérieures du même fournisseur est la plus rapide des quatre bases, à condition de disposer de la série et pas seulement du dernier montant. Une extraction des factures PDF fournisseurs vers Excel sur les douze derniers mois du fournisseur concerné donne directement les montants sur lesquels asseoir l'estimation, et fait apparaître au passage la saisonnalité ou la révision tarifaire en cours d'année que la dernière facture seule ne montrerait pas.

L'écriture de clôture en détail : HT en classe 6, TVA en 44586, TTC en 4081

Le débit va au compte de charge par nature qui aurait reçu la facture si elle était arrivée. Un achat de marchandises non facturé se débite au 607, des matières premières au 601, des fournitures non stockées au 606, un contrat de maintenance au 615, une prestation de sous-traitance au 611, une location au 613, des honoraires au 622, des frais de transport au 624. Le point de vigilance est simple à énoncer et régulièrement raté : la FNP ne se débite pas dans un compte d'attente. Une charge logée au 471 en attendant la facture ne se retrouve ni dans le bon poste du compte de résultat, ni dans les comparatifs de l'exercice suivant.

L'écriture se passe dans un journal d'opérations diverses ou dans un journal d'inventaire dédié, pas dans le journal des achats. Cette séparation n'est pas cosmétique : le journal des achats doit rester le miroir des factures réellement reçues, sans quoi le rapprochement décrit plus haut perd sa source de contrôle et le balayage des factures postérieures à la clôture devient impraticable.

Pourquoi la TVA se parque en 44586

C'est le point que les fiches concurrentes traitent le plus mal, et c'est aussi celui qui se défend le plus facilement une fois compris. La TVA d'achat n'est déductible qu'à condition de détenir la facture. Selon la doctrine fiscale BOFiP sur les conditions d'exercice du droit à déduction de la TVA, l'assujetti doit être en possession des factures relatives à l'opération ou de tout document en tenant lieu, alors même que le droit à déduction prend naissance dès que la taxe devient exigible chez le fournisseur. Le droit existe donc, mais il n'est pas encore exerçable.

D'où le 44586, « TVA sur factures non parvenues » : un compte d'attente fiscal qui porte une TVA estimée, sur une opération dont la facture n'existe pas encore, et qui ne remonte pas sur la déclaration de TVA de l'exercice clos. L'erreur courante consiste à débiter directement le 44566, « TVA déductible sur autres biens et services », au lieu du 44586. Elle revient à déduire une TVA sur une pièce que l'entreprise ne détient pas, ce qui expose à un rappel en cas de contrôle et fausse le rapprochement entre la TVA déductible comptabilisée et celle portée sur les déclarations. Le 44586 se solde lors de l'extourne, et c'est le 44566 qui reçoit la TVA lors de l'enregistrement de la facture réelle, pour son montant exact cette fois.

Les autres comptes du 408

Sur une immobilisation non facturée, le débit se fait en classe 2 et non en classe 6, sur le compte d'immobilisation concerné, avec le 4084 en contrepartie et une TVA qui suit le régime applicable à cette immobilisation. La seconde conséquence est plus souvent oubliée que la première : une immobilisation reçue et mise en service avant la clôture doit commencer à s'amortir sur l'exercice clos, même si aucune facture n'est arrivée.

Le 4088 porte les intérêts courus non échus rattachés à des dettes fournisseurs, en contrepartie d'un compte de charges financières, et le 4098 les avoirs à recevoir, traités plus loin dans cet article.

Le cas de l'acquisition intracommunautaire

Lorsque la FNP porte sur une acquisition intracommunautaire, le schéma change parce que la TVA est autoliquidée : l'entreprise est redevable de la taxe et la déduit simultanément, sans TVA d'amont facturée par le fournisseur. Aucune TVA n'est donc parquée en 44586, et le montant crédité au 4081 se limite au HT. La charge se rattache bien à l'exercice clos, puisque le fait générateur est la livraison. Mais l'exigibilité de la taxe intervient le 15 du mois suivant celui de la livraison, ou à la date de la facture si celle-ci est antérieure : une livraison de décembre restée non facturée ne génère donc aucune autoliquidation sur l'exercice clos, et la taxe se déclare sur l'exercice suivant selon les règles propres à l'autoliquidation de la TVA sur une acquisition intracommunautaire côté acheteur.


Extourner la FNP et confronter l'estimation à la facture réelle

L'extourne se passe à la date d'ouverture de l'exercice suivant, en miroir exact de l'écriture de clôture : débit du 4081 pour le TTC, crédit du compte de charge de classe 6 pour le HT, crédit du 44586 pour la TVA estimée. Elle intervient à l'ouverture, pas à la réception de la facture. Ce point est le cœur du mécanisme : c'est parce que la contre-passation est indépendante de l'arrivée de la facture que la charge ne peut pas être comptée deux fois.

La suite est ordinaire. La facture réelle, quand elle arrive, s'enregistre au journal des achats comme n'importe quelle autre : débit de la charge pour le HT, débit du 44566 pour la TVA cette fois réellement déductible, crédit du 401 pour le TTC. Sur le nouvel exercice, le solde net des deux écritures se limite à l'écart entre l'estimation et le montant facturé. Si l'estimation était juste, l'impact sur le résultat du nouvel exercice est nul.

Sur un cas chiffré. Une prestation de sous-traitance exécutée en décembre, estimée à 10 000 euros HT au taux normal, donne au 31 décembre un débit de 10 000 au 611, un débit de 2 000 au 44586 et un crédit de 12 000 au 4081. Au 1er janvier, l'extourne inverse exactement ces trois lignes. La facture arrive le 12 février pour 10 350 euros HT : elle s'enregistre normalement, 10 350 au débit du 611, 2 070 au débit du 44566 et 12 420 au crédit du 401. Au bout du compte, le 4081 est soldé, l'exercice clos a supporté 10 000 euros de charge, et le 611 du nouvel exercice ne porte que les 350 euros d'écart.

Une méthode alternative existe : ne pas extourner et solder le 4081 directement lors de la saisie de la facture, en imputant l'écart au compte de charge. Elle fonctionne, mais elle est fragile pour une raison qui n'a rien de comptable. Elle suppose que la personne qui saisit la facture trois semaines plus tard sache qu'une FNP l'attend et retrouve la ligne correspondante. En pratique, la saisie se fait au fil de l'eau, souvent par quelqu'un d'autre, et les 4081 non soldés s'accumulent. La contre-passation systématique à l'ouverture ne dépend de la mémoire de personne et laisse une piste d'audit lisible : une écriture de clôture, son exacte inverse à l'ouverture, puis la facture réelle.

Ce que dit l'écart entre l'estimation et la facture

Tous les écarts ne se valent pas. Les arrondis, quelques euros de frais de port non anticipés, une variation de quantité sur une livraison partielle sont du bruit et ne demandent aucune analyse. Un dépassement significatif du prix du bon de commande, en revanche, signale soit une revalorisation tarifaire non répercutée dans les référentiels, soit une facturation à contrôler. Une prestation facturée mais jamais réceptionnée pose une question qui n'est pas comptable et qui doit remonter aux achats avant paiement.

L'écart s'impute sur l'exercice de réception de la facture, dans le compte de charge concerné, sans retraitement de l'exercice clos. La correction d'erreur sur exercice antérieur ne se justifie que si le montant est significatif au regard des comptes pris dans leur ensemble, ce qui est rare pour une FNP isolée et suppose une omission plutôt qu'une estimation imprécise.

L'enseignement le plus utile ne se lit pas sur une FNP mais sur la série. Un écart systématiquement orienté dans le même sens, clôture après clôture, ne dit pas que les estimations sont mauvaises : il dit que la base de valorisation ou le processus de réception est en cause. Une sous-estimation récurrente pointe presque toujours vers des frais annexes jamais intégrés à la base de calcul, ou vers des prix de commande périmés dans le référentiel achats. Une surestimation récurrente pointe dans l'autre direction, vers des réceptions saisies pour des quantités supérieures au livré, ce qui est un problème de contrôle à réception avant d'être un problème d'estimation.

Suivre l'écart entre estimé et facturé sur trois ou quatre clôtures, par fournisseur ou par famille d'achats, transforme une contrainte de clôture en indicateur de qualité du processus achats. Dans le même esprit, une FNP restée ouverte au-delà d'un exercice complet mérite une explication écrite au dossier : dans la grande majorité des cas, elle ne signale pas une facture en retard mais une réception erronée, une commande annulée non répercutée, ou un litige que personne n'a soldé.

Reste le contrôle à faire au moment où la facture arrive : vérifier que ce qui est facturé correspond bien à ce qui avait été réceptionné et comptabilisé en FNP, avant de solder. La vitesse à laquelle cet écart est détecté dépend directement du circuit d'entrée des factures, et la généralisation de la facturation électronique modifie ce délai puisque la facture parvient à l'entreprise par un canal daté et structuré. Le workflow comptable de réception des factures électroniques en 2026 détermine ainsi, en pratique, le délai au bout duquel une FNP peut être confrontée à sa facture.


Autour de la FNP : avoir à recevoir au 4098, charges constatées d'avance et cut-off

L'avoir à recevoir est la FNP à l'envers. Un retour de marchandise accepté par le fournisseur, une remise de fin d'année acquise contractuellement, une ristourne sur volume atteinte avant la clôture, un litige qualité reconnu : dans tous ces cas, l'entreprise détient une créance sur son fournisseur, acquise dans son principe avant la date d'arrêté, mais l'avoir n'est pas parvenu. Le rattachement obéit à la même règle et dans le même sens.

L'écriture est symétrique : débit du 4098, « Rabais, remises, ristournes à obtenir et autres avoirs non encore reçus », pour le TTC, crédit du compte 609 ou du compte de charge d'origine pour le HT, crédit du 44586 pour la TVA. Le 4098 est un compte de tiers à solde débiteur, présenté au bilan en déduction des dettes fournisseurs, et il s'extourne à l'ouverture selon exactement la même logique que la FNP. La remise de fin d'année est le cas le plus fréquent et le plus souvent omis, parce qu'elle ne laisse aucune trace documentaire dans le circuit des achats : elle vit dans le contrat commercial, et personne ne pense à la sortir au moment de la clôture.

FNP ou charge constatée d'avance ?

Les deux mécanismes répondent à la même question de rattachement, mais dans des sens opposés.

La facture non parvenue est une charge dont la prestation est faite et dont la facture manque. Elle augmente les charges de l'exercice clos, par le débit d'un compte de classe 6 en contrepartie du 408.

La charge constatée d'avance est une facture reçue et déjà comptabilisée, dont la prestation relève de l'exercice suivant. Elle diminue les charges de l'exercice clos, par le débit du 486 « Charges constatées d'avance » en contrepartie du compte de charge concerné. La prime d'assurance annuelle payée en octobre, le loyer du premier trimestre réglé d'avance, l'abonnement logiciel facturé sur douze mois à cheval sur deux exercices en sont les cas types.

Le critère de tri est unique et ne souffre pas d'exception : la date d'exécution de la prestation ou de livraison du bien. Jamais la date de la facture, jamais la date de paiement. Une facture reçue en décembre pour une prestation de février est une CCA ; une prestation de décembre facturée en février est une FNP. Le même raisonnement s'applique côté ventes, où le produit à recevoir se comptabilise au 4181 « Clients — factures à établir » pour une prestation exécutée et non encore facturée.

Ces trois écritures sont les instruments du cut-off, c'est-à-dire de l'application du principe d'indépendance des exercices : chaque charge et chaque produit se rattachent à la période où le bien a été livré ou la prestation exécutée, indépendamment des dates de facturation et de règlement. La FNP est le mécanisme qui fait tenir ce rattachement du côté des achats, aux côtés de la charge constatée d'avance, de la variation de stock et du produit à recevoir.

Une conséquence pratique pour le programme de travail de clôture : la revue des FNP de l'exercice précédent, celles qui ont été extournées et confrontées à leur facture, appartient aux travaux de la clôture courante et non à l'arrêté passé. Et le collaborateur qui a produit la liste des FNP a déjà fait l'essentiel du travail pour les deux autres, puisque les avoirs à recevoir et les charges constatées d'avance se lisent dans la même population documentaire : les commandes, les contrats et les factures de la période d'arrêté.

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